Projets menés au collège

Projet d'écriture 4ème

Par admin ferdinand-buisson, publié le vendredi 8 juin 2018 10:24 - Mis à jour le mercredi 20 juin 2018 10:01
apparition.png
Voici une nouvelle écrite par Defné D. , de 4ème B. Ce fut d’abord une rédaction en classe ; le sujet demandait de prolonger une nouvelle fantastique de Maupassant, en l’occurrence Apparition.

Le Double


    On parlait de séquestration à propos d’un procès récent. C’était à la fin d’une soirée intime, rue de Grenelle, dans un ancien hôtel, et chacun avait son histoire, une histoire qu’il affirmait vraie.

    Quand le vieux marquis de la Tour-Samuel eut terminé son stupéfiant récit, où il était question d’une effrayante apparition, nous restâmes bouche bée. Cela nous avait bouleversés. Seul, un ancien duc de Normandie, nommé François, se montra sceptique. Il prit ainsi la parole :
 
    - Cette histoire n’a rien de surprenant ! En tout cas, elle ne me donne pas envie d’y croire. Un spectre ! Y croyez-vous ? Ce vieux marquis n’est qu’un imposteur. Il veut seulement se rendre populaire avec une histoire à dormir debout… En voulez-vous, une vraie histoire terrifiante, et authentique ? Eh bien, écoutez celle que je vais vous dire. Elle m’est réellement arrivée. Enfin…  certes, il est vrai que je doute parfois en y repensant… Car elle est tellement… aussi effrayante qu’incompréhensible.

    Cette mésaventure – car c’en est une – s’est passée une décennie plus tôt. Voici :

    C’était en 1873. J’habitais alors Rouen.

         Je me réveillai un matin, encore tout engourdi de rêves. Passé un bref instant, je me souvins : Paris ! Je partais le matin même, pour un important voyage d’étude prévu depuis plusieurs mois : en vérité, un déplacement professionnel qui devait me mener à un asile d’aliénés, pour y observer un cas rarissime de démence. Bref, j’étais en retard. Je me préparai donc très vite, et m’habillai bien chaudement, car le temps n’était pas fameux.

         Je fis bonne route, quoique le voyage fut long et désagréable. Je m’arrêtai dans une petite auberge aux abords de la capitale. Ma chambre était rustique, mais confortable et bien aménagée. Je remarquai cependant quelques détails qui me troublèrent : le lit m’apparut comme dérangé et la carafe ne contenait qu’un fond d’eau. J’eus froid dans le dos en me remémorant cet étrange conte de Maupassant, où un pauvre bougre est hanté par un invisible et redoutable « Horla ». À mon réveil, le lendemain matin, trouverais-je moi-aussi la carafe vide ? Je me laissai aller à rêver… Mais enfin, aux premiers grondements de mon ventre, je décidai de descendre dîner pour récupérer quelque force.

         Tout en buvant mon bock de bière, je m’amusais à observer les voyageurs éreintés : gros, minces, chauves, barbus, noirs, divers étaient les étrangers satisfaisant leur faim dans cette petite auberge… Je fis un bond lorsqu’un serveur malencontreux fit tomber les pichets trop remplis qui se tenaient sur son plateau. En homme bien élevé, je l’aidai à ramasser les débris de céramique qui jonchaient le sol. Je me redressai tant bien que mal, l’âge ne faisant pas de cadeau, et, en relevant la tête, je vis… Mais que vis-je d’ailleurs ? Moi ? Etait-ce donc moi ? La personne que je venais de découvrir, assise dans un coin sombre de la salle, me ressemblait en tous points ! Comme un jumeau ! Un sosie, un impossible sosie ! Je remarquai même un détail qui me fit frissonner : sa montre ! Elle était semblable à celle que mon défunt père m’avait laissé avant sa mort. Le cadran ? Identique ! Le bracelet ? Le même ! Le remontoir ? Pareil ! J’étais paralysé par la peur ! Et, chose étrange, personne ne semblait remarquer la présence de cet homme qui me ressemblait comme un jumeau ! L’Etre releva brusquement la tête et me darda d’un affreux regard. Je sursautai et, blême, je remontai dans ma chambre. Et je m’endormis bien tard, encore tremblant des événements passés.

         Je me réveillai dans un état anxieux, avec un furieux mal de tête et une tenace envie de vomir. En repensant à la veille… Je me dis que j’avais sans doute trop bu et que toute cette histoire avait été le fruit de mon imagination alcoolisée. Bien décidé à profiter malgré tout de ce voyage qui devenait pénible, je me préparai très vite et me mis en route.

    J’arrivai à l’asile deux heures plus tard.  

    J’entrai à pas mesurés car, bien que scientifique, je détestais l’ambiance tendue de ce genre d’endroit : j’étais oppressé. Des hurlements stridents se faisaient entendre à intervalles réguliers et des tabliers tâchés de sang séché étaient suspendus à des clous… Je demandai à voir le médecin et le priai de bien vouloir m’indiquer où se trouvait la salle 112.

         Après avoir parcouru quelques couloirs, je m’arrêtai devant une pièce d’aspect peu engageant : les charnières de la porte étaient rouillées, la peinture écaillée… Je m’avançai. Or ce fut là que je replongeai dans… dans ma folie. Etait-ce réel ?! Le patient, couché dans son lit, était… était moi ! Enfin, lui ! Ce ne pouvait être que lui ! L’homme de l’hôtel, mon… double ? Cette fois-ci, plus de doute : je n’avais pas rêvé la veille au soir ! Il avait les yeux clos, sur son chevet était posée une vieille paire de lunettes (sans surprise, c’était les mêmes que les miennes). Mais ce qui me troubla le plus était cette montre, ma montre, qu’il portait de nouveau à son poignet. Le médecin, qui venait de me rejoindre, me conseilla de ne pas trop m’approcher de lui.

         Ce fut alors que le patient ouvrit les yeux et me regarda, d’un air qui me fit froid dans le dos. Et, détail remarquable, je constatai que, contrairement à ce qui s’était passé à l’auberge, le médecin maintenant semblait percevoir l’étrangeté de cet homme, de ce… sosie. L’effroi s’insinua en moi lorsqu’il dit, sur un ton dégagé, l’étrange ressemblance. Puis il sortit de la chambre pour me laisser l’examiner à mon aise.

         Un mauvais pressentiment m’envahit lorsque la porte claqua derrière moi, dans un bruit sourd. Bravant les bienveillantes recommandations du médecin, je m’approchai de cet être pour mieux l’observer. Dès lors, tout se passa très vite et les souvenirs qu’il m’en reste ne sont que fort vagues : alors que je me baissais pour observer les traits de son visage (son visage, ce visage qui était aussi le mien), je sentis un choc au niveau de ma tête. Ma vue se troubla, mes yeux se remplirent de larmes et je tombai de tout mon long sur les draps blancs.

    Quelques minutes plus tard, qui me semblèrent des heures, je me réveillai, souffrant d’un atroce mal de crâne. Je tentai de me lever et ce fut là, ô miséricorde !, que je me rendis compte que j’étais sanglé sur le lit par d’épaisses attaches en cuir !

    J’étais sur le lit, oui, sur le lit du patient !

    Quelqu’un entra alors, accompagné d’un médecin en blouse blanche. Mon double ! C’était mon double !

    Il me darda de son regard terrifiant et ordonna au médecin : « Le pauvre fou est dans un état déplorable, mes diagnostics sont très sombres. Internez-le en cellule noire, celle pour les cas désespérés. »
    
         Etait-ce une hallucination ? Tout cela n’était-il qu’un vaste cauchemar ? Je ne sais pas. Je ne sais plus que penser. Je sais seulement que je réussis à me sauver de cet endroit affreux. J’ignore comment…

    Vous ne croyez peut-être pas à mon aventure ? Cependant, l’histoire de notre cher marquis vous semble-t-elle plus crédible ? Il nous avait dit qu’il nous apporterait des preuves. Eh bien… où sont-elles, ces preuves ?

    Si mon histoire vous semble sujette à caution alors, comment expliquez-vous cette cicatrice au niveau de mon avant-bras, là, juste à l’emplacement de la montre ? Je l’ai remarquée quelques jours après mon entrevue avec … mon… mon double !


Defné